Une aventure humaine

Trois pays pour un parc

La diversité des écosystèmes et un gradient de pluviométrie variant du nord au sud font du Parc du W un habitat unique tant pour la grande faune africaine que pour l'entomofaune (insectes). Dans le milieu des années 80, les administrations des trois pays souverains concernés (Niger, Bénin et Burkina) s'engagèrent dans un processus de coopération concrétisé en 1984 par la signature d'un accord régional de lutte contre le braconnage. Dès lors les hommes de ces pays marquaient leur détermination à œuvrer pour la protection de la biodiversité et de l'intégrité des écosystèmes. La gestion du moindre espace naturel est source d'une multitude de problèmes tant biologiques qu'administratifs et la viabilité de la réserve réside dans la rapidité et la précision des réponses apportées.

Un inventaire de l'entomofaune...

On comprendra aisément que la gestion des 1,4 million hectares du Parc du W est une fabuleuse aventure humaine où les hommes doivent surmonter ou contourner d'innombrables contraintes politiques, administratives, inter-ethniques et bien évidemment financières... Une telle détermination n'est pas sans forcer l'admiration des naturalistes que nous sommes et c'est avec un réel plaisir que l'association Magellanes intègrera cette aventure en apportant son concours à l'inventaire de l'entomofaune régionale.

Les travaux de l'équipe entomologique verront le jour dans un organe spécifique créé spécialement pour les besoins de cette mission : la série Ex Natura.

...riche en futures découvertes

La première équipe d'entomologistes envoyée sur place sera représentée par Pierre Juhel et Jean-François Josso, tous deux entomologistes de longue date et riches de multiples expériences en milieu africain. Leurs domaines de compétence s'étendent respectivement aux Cetonidae et Cerambycidae pour P. Juhel, et aux Scarabaeidae coprophages pour J.-F. Josso. Les longues années d'amitié que nous unissent à eux nous ont permis maintes fois d'apprécier leur rigueur scientifique, leur facilité d'intégration et leur grande cordialité; autant de raisons qui nous laissent pressentir en eux d'excellents ambassadeurs pour cette première mission de repérage.

La faune entomologique du Parc du W est certainement riche en futures découvertes qui ne seront mises à jour qu'au prix d'un travail méthodique mené par des spécialistes aidés sur le terrain par les personnels du parc, hommes aux connaissances multiples sans qui rien de tout ce qui a été réalisé jusqu'à ce jour n'aurait été possible. Qu'ils soient ici remerciés de leur collaboration future.

Le Parc du W : généralités et données éco-biologiques

Le Parc du W tire son nom de la forme du cours du fleuve Niger lors de sa traversée des contreforts septentrionaux de la chaîne montagneuse de l'Atakora. Le climat est de type sahélien à nord-soudanien, la pluviométrie varie de 500 à 1000 mm et l'on y constate l'alternance d'une saison des pluies de trois à cinq mois (mai à septembre) et d'une saison sèche qui s'étend d'octobre à avril. La température moyenne annuelle varie entre 15° (novembre à février) à 40° (mai-juin).

Le Parc présente un relief peu élevé en général. Les massifs rocheux sont, la chaîne de l'Atakora (641 m) au Bénin et le prolongement des falaises du Gobnangou au Burkina.

Le réseau hydrographique est assez dense et constitué du fleuve Niger, de nombreuses rivières (Mékrou, Tapoa, Pendjo, Kourtiagou, Goroub, Bali-bali, etc.) et d'une multitude de mares semi-permanentes à permanentes. Le Parc du W est l'un des principaux complexes de zones humides de la partie semi-aride de l'Afrique de l'ouest. D'une façon générale, on y rencontre des savanes arbustives, des savanes arborées, des galeries forestières caduques, des galeries forestières sempervirentes et semi-sempervirentes, des plaines d'inondations. Le nord Bénin, l'est Burkina et le sud-ouest Niger constituent une zone boisée importante.

Le Parc du W est un écosystème unique en Afrique de l'ouest, il représente un intérêt mondial sur les plans écologique, scientifique, touristique et culturel. C'est surtout l'un des derniers biotopes de la région pour la grande faune africaine.

Le Parc abrite la majorité des espèces africaines classées dans les listes rouges nationales et internationales. On y recense plus de 70 espèces de mammifères dont l'éléphant, le buffle, le cob de Buffon, le cob defassa, le cob redunca, le damalisque, le bubale, la girafe, l'hippopotame, le lion, le guépard et une grande diversité de singes. 300 espèces d'oiseaux sédentaires ou migrateurs, 150 espèces de reptiles et amphibiens, plus de 100 espèces de poissons.

La faune invertébrée n'est connue que de façon très fragmentaire mais la grande diversité des paysages et la richesse en espèces animales laissent présager une abondante entomofaune. La connaissance de ce groupe animal passe inévitablement par la constitution de collections de références, par la réalisation d'iconographies et de travaux de cartographie. Les insectes représentent environ 84% du monde animal, ils constituent donc l'une des plus vastes bibliothèques génétiques de la planète.

Un projet Ex Natura pour l'Afrique

Cette créature mi-démon, mi-merveille qu'est l'insecte.

Lorsque les premiers pré-humains ont fait leur apparition sur la terre africaine, il y a plus de 6 millions d'années, les insectes présents sur la planète avaient déjà 350 millions d'années d'évolution derrière eux.

Les libellules étaient apparues au milieu de l'ère primaire, les fourmis vivaient déjà en sociétés organisées, les abeilles butinaient les fleurs des angiospermes, le scarabée roulait déjà sa boule afin de la soustraire à la compétition trophique et les mouches et moustiques, petits fleurons de l'évolution, harcelaient les animaux à sang chaud et véhiculaient déjà les germes de maladies redoutables. Il ne fait aucun doute que les premiers contacts entre l'homme et l'insecte furent de nature conflictuelle. Nos lointains ancêtres ont probablement trouvé avec certaines larves une pitance particulièrement énergétique, mais ils ont assurément, en revanche, payés un lourd tribut aux ectoparasites et aux hématophages de la gente hexapode.

De nos jours, le conflit perdure entre l'homme et cette créature mi-démon, mi-merveille qu'est l'insecte, mais nous savons aujourd'hui que les nuisances produites par une minorité d'espèces sont largement compensées par les multiples implications des hexapodes dans les grands mécanismes de la biosphère. Les insectes représentent 85% du monde animal et leurs populations peuvent atteindre des effectifs considérables.

720 millions d'Africains,
20 millions de termites dans une seule termitière...

Le continent africain compte aujourd'hui 720 millions d'hommes, on peut compter 20 millions de termites dans une seule termitière de la savane et 10 milliards d'individus dans un essaim de criquets pèlerins. Certes le nombre ne suffit pas, à lui seul, à assurer la suprématie, mais il favorise incontestablement l'exploitation des potentialités du milieu environnant.

À l'heure actuelle, il est inconcevable de vouloir établir l'état zoologique d'un espace donné (sauf les océans) sans y inclure un inventaire entomologique puisque 85% des espèces animales rencontrées seront des insectes et qu'ils restent les plus puissants rivaux de l'homme pour le partage des ressources alimentaires de la planète.

Ex Natura et les collections nationales

La collection Ex Natura

En contrepartie de cette collaboration, l'association Magellanes publiera une nouvelle collection, Ex Natura, qui présentera le fruit des inventaires et travaux réalisés par les spécialistes de l'équipe. Les iconographies seront accompagnées d'une systématique commentée, d'éthologie et de répartition géographique pour chaque espèce inventoriée.

Le produit fini, l'association Magellanes fera don aux parcs d'une partie des publications afin que ceux-ci exploitent le produit pour promouvoir leur image de marque en présentant un état le plus exhaustif possible de leur entomofaune, ce qui sera incontestablement une incitation supplémentaire à l'écotourisme dans ces régions. Une partie des captures sera préparée en vue de rejoindre les collections nationales des pays concernés.

Cetoniidae, Cerambycidae, Scarabaeidae et Cicindelidae

Nous avons la conviction que ce projet nous permettra d'améliorer notre outil scientifique et, par ce biais, la teneur de nos futures publications; conjointement il permettra aux parcs et réserves de promouvoir leurs potentialités touristiques. Un tel projet est immensément vaste, et dans un premier temps nous limiterons volontairement les investigations aux quatre familles d'insectes suivantes : Cerambycidae, Cicindelidae, Cetoniidae et Scarabaeidae.

Un travail de collaboration avec les personnels des parcs

Dans sa conception actuelle, le projet s'étalera sur cinq ans, l'association Magellanes délèguera sur place - une ou deux fois par an - une équipe qui aura pour mission de présenter le projet localement et de former les personnels des parcs aux méthodes de récoltes, de localisation et d'expédition afin que les échantillonnages puissent se poursuivre correctement pendant les périodes d'absence des équipes scientifiques.

Ce travail de collaboration se fera avec l'administration des parcs concernés en liaison avec Alain Monfort, expert indépendant en planification, gestion et aménagement des parcs nationaux, réserves naturelles et de chasse, en formation du personnel et en écotourisme.

De récents contacts avec un expert du CIRAD en mission entomologique dans la partie Burkinabé du Parc du W, laisse présager une collaboration étroite entre le CIRAD et l'équipe Magellanes. Alain Monfort, expert aux multiples compétences reconnues par tous, servira d'interface entre les équipes des organismes actifs sur le terrain.


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